Cet article à été publié dans le volume 12, numéro 2, octobre 2011

SUR LE TERRAIN


Bienvenue au Paradis

par Angèle-Anne Brouillette, comité de rédaction

Bienvenue au Paradis

Photo : Sébastien Raboin

« Au Paradis (dernier balcon) des théâtres, les gens du peuple (le vrai public) faisaient alors le succès ou l'échec des drames, des mélodrames et des pantomimes qu'on jouait tout au long du Boulevard du Crime1. »

La Coopérative de solidarité Paradis a été fondée en 2005 par cinq organismes culturels de Rimouski et de la région du Bas-Saint-Laurent, en référence au film de Marcel Carné et au jargon théâtral datant du Moyen-Âge qui désignait ainsi le dernier balcon d'un théâtre, là où les places étaient offertes à prix modique. S'y retrouvaient des gens de toutes les couches de la population. « C'est la salle accessible à Rimouski, sa présence contribue non seulement à démocratiser la culture, mais elle la rend plus accessible à tous. Ici, il y a des spectacles de métal, l'improvisation musicale, on a eu un moine tibétain, des projections cinématographiques, des réunions, des tournages, du théâtre provenant de l'étranger et même une siffleuse » commente en riant Cybel Chagnon, responsable des espaces de location et des communications au Paradis.

Cet afflux de nouvelles personnes a augmenté la demande pour des productions culturelles et artistiques variées et la concentration d’amateurs de culture et d’arts stimule la croissance des événements culturels de qualité.

Les plus grands générateurs d'événements sont les organismes membres, comme Caravansérail (arts visuels), les Éditions du Berger Blanc, la Ligue d'improvisation de Rimouski, Paraloeil (diffusion de productions cinématographiques régionales et documentaires), Tour de Bras (diffuseur de musiques d'improvisation et d'arts sonores) et le Théâtre l'Exil2.

En 2010, il y a eu 276 activités pour 13 142 entrées, une augmentation de 16 % par rapport à 2009. « Nous avons passé le cap des 5 ans d'existence, nous ne sommes plus considérés en démarrage. En PME, les chances de survie d'un organisme après 5 ans sont maximisées. Nous ne suffisons plus à la demande! Notre projet de transfert et d’agrandissement au centre-ville est en lien avec cette situation; nous voulons être encore davantage au cœur de l’action. La Ville de Rimouski a donné son accord de principe sur un investissement majeur dans le prochain complexe Paradis » nous rapporte Cybel Chagnon.

La culture, pour inverser le bilan négatif de l'exode

Le besoin d'un lieu alternatif de diffusion culturelle a été identifié par les organismes culturels de la région lors d'une consultation populaire au milieu des années 2000. Comme dans plusieurs capitales régionales partout au Québec, il y avait bien des bars et de grandes salles de spectacles, mais aucun lieu de qualité pouvant accueillir une diversité de productions artistiques et culturelles. Selon Cybel Chagnon : « Rimouski fait l'objet depuis une dizaine d'années d'un miniboum culturel. L'impact de l'implantation est donc difficile à évaluer parce qu'un nombre incalculable de cafés culturels ont ouvert partout en région. Le Paradis, c'est un élément parmi tant d'autres dans une mouvance plus large. »

Bienvenue au Paradis

Photo : Sébastien Raboin

Pour la première fois depuis longtemps, le bilan migratoire a été positif cette année pour la région de Rimouski. Plus de gens sont venus s'y installer que de gens qui l'ont quittée. Les avantages y sont exceptionnels : l’Université, l’Institut maritime, le Cégep, les paysages fantastiques et le fleuve à perte de vue. Cet afflux de nouvelles personnes a augmenté la demande pour des productions culturelles et artistiques variées et la concentration d'amateurs de culture et d'arts stimule la croissance des événements culturels de qualité. Madame Chagnon est catégorique : « On sait qu’une des causes de l'exode a été le manque d’offre culturelle dans les régions; trois ou quatre blockbusters par mois, ce n'est pas suffisant pour bien des gens. »  Et elle ajoute : « Oui, il y a de la culture en région, oui il y a des gens qui se donnent les moyens de la maintenir et de la cultiver à l'extérieur des grands centres. »

  1. Jacques Siclier, au sujet du film « Les enfants du Paradis », de Marcel Carné et Jacques Prévert, Le Monde 4 janvier 1974
  2. Aux membres initiaux, cinq se sont ajoutés (le ROSEQ, la Corporation des métiers d'art, le Festi-Jazz, Arte tracto et le Carrousel international du film de Rimouski).