Cet article à été publié dans le volume 12, numéro 2, octobre 2011

SUR LE TERRAIN


Emploi des jeunes en France : précarité inéluctable?

par Alain Philippe, Groupe Macif

« La France n’aime pas ses jeunes! » titrait le mensuel français Enjeux Les Échos en février 2011; et le journal d’ajouter que « Près de 24 % des actifs de moins de 24 ans étaient au chômage en 2009, alors même que le pays empile les dispositifs d’aide à l’emploi. Précarité professionnelle, pauvreté, déclassement sont le lot quotidien d’une jeunesse à qui, ni la société, ni les entreprises ne font confiance. Comment les réconcilier? »

Est-ce que le Programme Jeun’ESS, lancé en fin d’année 2010 par l’État français, la Caisse des Dépôts et six fondations et entreprises de l’économie sociale et solidaire1 contribuera à cette réconciliation? Il est trop tôt pour le dire, mais sans être énoncé comme étant son objectif premier, il n’en demeure pas moins que ce programme semble prioritairement destiné à sensibiliser les jeunes Français à l’économie sociale et solidaire, ainsi qu’à ses métiers.

Emploi des jeunes en France

Illustration : Anne-Laure Jean

Il a, autrement dit, pour vocation de favoriser auprès des jeunes de 16 à 30 ans la connaissance d’une autre façon d’entreprendre, davantage tournée vers l’humain et son environnement, et plus à même de répondre aux aspirations des jeunes. Ceux-ci, en effet,  sont 75 % à estimer que le fait qu’une entreprise soit une « entreprise sociale » les inciterait à y postuler et 62 %, parmi ceux qui souhaitent créer leur entreprise, prêts à créer une entreprise sociale2.

Dès lors, pour permettre la réalisation de ces aspirations, pour permettre de développer cette confiance des entreprises vis-à-vis des jeunes, et pour répondre à leurs attentes, eux qui plus que jamais sont en quête de sens, le programme Jeun’ESS, s’est engagé à mettre en œuvre des actions concrètes, selon trois axes.

Le premier concerne la promotion de l’ESS, notamment dans le milieu éducatif. Il s’agit ici de mener des actions, telles des conférences ou la création de supports de communication, au sein des lieux de formation et d’accueil de jeunes scolaires, étudiants ou professionnels.

Le deuxième, considérant qu’une majorité de jeunes souhaite aujourd’hui en France s’investir plus largement au service d’un projet de société qui réconcilie les êtres humains et la planète, entend soutenir les initiatives de jeunes, en matière d’économie sociale et solidaire et en particulier les démarches entrepreneuriales, par un grand appel à projets. Cet axe a également pour objet de créer des réseaux d’entraide ou de parrainage, à destination des jeunes déjà engagés dans le secteur de l’ESS.

Le troisième axe, enfin, veut développer les bonnes pratiques des entreprises de l’économie sociale, pour favoriser l’insertion professionnelle et l’intégration des jeunes. Afin de pallier les importants départs à la retraite de leurs salariés et de leurs dirigeants bénévoles, les entreprises de l’ESS doivent attirer les jeunes et mieux les impliquer dans le cadre de leur gouvernance. Pour cela, ce troisième axe propose notamment de valoriser les entreprises de l’ESS pionnières ou innovantes en renforçant la place des jeunes dans l’entreprise ou en améliorant l’accueil des nouveaux salariés ou bénévoles.

Le programme Jeun’ESS, sera déployé jusqu’à la fin de 2012. Il dispose d’un budget de 1,3 M€, constitué à hauteur de 600 k€ par l’État et de 700 k€ par les sept autres partenaires (chacun à hauteur de 100 k€). Il est porté par l’Avise et piloté par un Comité constitué d’un représentant de chacun des partenaires contributeurs.

  1. Les fondations Macif, Mondiale, Crédit Coopératif, Chèque Déjeuner, et les entreprises Maif et MGEN.
  2. Selon un sondage réalisé en janvier 2010 par CSA pour l’Avise (Agence de valorisation des initiatives socio-économiques).