Cet article à été publié dans le volume 12, numéro 2, octobre 2011

SUR LE TERRAIN


La filière du karité au Mali et au Burkina Faso
Créer des emplois pour des femmes

par Roch Harvey, Centre d’étude et de coopération internationale (CECI)

La production de beurre de karité en Afrique de l’Ouest a connu un développement spectaculaire au cours des dernières années. Au Burkina Faso et au Mali, le karité est devenu un des principaux produits d’exportation. Fabriqué traditionnellement par des femmes paysannes, le beurre de karité est de plus en plus recherché par l’industrie cosmétique internationale. Des coopératives créées par des femmes productrices réussissent à se positionner dans cette industrie en croissance.

La filière du karité au Mali et au Burkina Faso

Photo : Roch Harvey

Dans la chaîne de valeur du karité, les femmes africaines qui vivent en milieu rural sont incontournables. En effet, l’amande de karité dont on extrait le beurre provient d’un arbre qui pousse à l’état naturel dans les parcs agroforestiers autour des villages africains. La récolte ne peut pas être mécanisée et la cueillette des fruits dont on extrait l’amande est une activité exclusive aux paysannes. Toute la filière karité repose donc sur ce modeste travail à la base.

Dans ce contexte, l’entrepreneuriat collectif est l’une des stratégies gagnantes pour l’insertion économique des femmes dans la filière. Réunies en coopératives, les productrices ont accès à des équipements, un cadre de travail structuré et un partage des risques et des bénéfices. Le travail en coopérative permet d’accroître la productivité, d’assurer un bon contrôle de la qualité et donne accès à des marchés rémunérateurs. Les ressources financières investies profitent à un grand nombre de personnes et les résultats sont plus durables. De plus, une partie des surplus générés sont réinvestis dans des services sociaux communautaires : alphabétisation, services de santé, scolarisation des enfants.

La filière du karité au Mali et au Burkina Faso

Photo : Roch Harvey

Au cours des dernières années, plusieurs coopératives de productrices de karité ont vu le jour au Mali et au Burkina Faso. Créées et gérées par des femmes, ces coops ont permis d’accroître les retombées économiques de la chaîne de valeur du karité au profit de dizaines de milliers de productrices à la base, avec comme impact l’amélioration des conditions de vie de milliers de familles. La qualité de leur produit s’est grandement améliorée et elles ont développé des marchés locaux et nationaux qui ont grandi. Les marchés africains représentent un potentiel très intéressant et, dans les pays du Nord, le karité est de plus en plus de demande, considéré par certains comme un des meilleurs produits naturels pour les soins de la peau.

De nombreuses entreprises sociales de femmes productrices opérant en mode artisanal ont maintenant atteint un seuil de rentabilité. Elles ont cependant de gros défis à relever, car elles sont de plus en plus en concurrence avec des entreprises privées qui bénéficient d’investissements importants. Les coops de femmes doivent donc accroître qualité et productivité en investissant dans la mécanisation de la production. Elles doivent aussi développer conjointement les marchés en mettant en œuvre des stratégies de marketing efficace. Le CECI accompagne plusieurs de ces entreprises sociales dans une démarche de professionnalisation, dans la recherche-développement de techniques de production à faible impact environnemental et dans la gestion de la ressource. Ces initiatives économiques peuvent servir de modèle à des milliers d’autres femmes dans le monde, préoccupées par la génération de revenus et la création d’emplois de qualité.