SUR LE TERRAIN
Le Népal : un pionnier de la foresterie communautaire
par Audrey Cadillon, Centre d’étude et de coopération internationale (CECI)
Le Népal est l’un des pays les plus pauvres de la planète, dont plus de la moitié de sa population vit avec moins de 1,25 $ US par jour. Pourtant, cet ancien petit royaume est reconnu pour son concept particulièrement avancé de foresterie communautaire, qui donne aux habitants locaux le contrôle de la terre et des ressources qui entourent leurs collectivités. Cette politique de décentralisation est considérée comme l’un des plus grands succès de développement du Népal, où 90 % de la population vit en milieu rural.
Chaque forêt népalaise est gérée par son Groupe d’usagers des forêts communautaires (GUFC). Depuis 1995, ces groupes sont fédérés au sein de la Fédération des groupes d’usagers des forêts communautaires (FECOFUN), la plus importante association citoyenne au Népal, qui représente plus de huit millions de personnes, protège leurs droits et œuvre quotidiennement à la construction d’une société plus juste et plus équitable. C’est cette organisation népalaise que le Centre d’étude et de coopération internationale (CECI) a décidé d’appuyer à travers Uniterra, son programme de coopération internationale géré conjointement avec l’Entraide universitaire mondiale du Canada (EUMC).
Photo : Julien Carlier
Grâce à l'appui de volontaires Uniterra et d’ONG partenaires, 14 000 hectares de forêts dans le district de Dolakha ont pu être certifiés par le Forest Stewardship Council (FSC), ce qui offre aux habitants de ces communautés l’occasion d’améliorer leurs conditions de vie. En garantissant que la forêt est gérée de façon durable (c’est-à-dire écologiquement acceptable, socialement bénéfique et économiquement viable), la certification FSC facilite en effet la commercialisation et l’exportation des produits issus de la forêt. Les communautés du district de Dolakha bénéficient désormais de deux nouvelles usines de papier fait main et d’un centre de distillation d’huiles essentielles.
Ramesh Lama, le directeur du centre de distillation, explique : « Avant la création de notre entreprise collective, c’était chacun pour soi. Cela créait une concurrence malsaine et empêchait les membres les plus pauvres de la communauté de bénéficier de cette ressource. » Aujourd’hui, les habitants les plus pauvres de ces régions obtiennent de très bons prix pour le matériau brut récolté en forêt et gagnent donc de meilleurs revenus qu’avant. De plus, les communautés ont choisi de reverser 10 % des profits des usines de papier fait main à leurs membres les plus pauvres. Ces derniers reçoivent aussi un lopin de terre dans la forêt communautaire pour y cultiver des légumes et des céréales, qu’ils utilisent pour se nourrir ou pour nourrir le bétail élevé pour sa production de lait. Ainsi, les revenus générés grâce à l’utilisation durable des ressources de la forêt contribuent à une plus grande sécurité alimentaire, en plus d’améliorer les moyens de subsistance des communautés et de préserver la biodiversité de leur environnement.
Par l’entremise de ses volontaires, le programme Uniterra appuie d’autres partenaires locaux à chaque étape de la chaîne de valorisation de la foresterie communautaire. « Le fait d’être actifs sur tous les fronts aide à créer et à consolider des marchés durables, tant sur le plan écologique que sur le plan social », résume Sagun Bista, gestionnaire du programme Uniterra au Népal.
Pour en savoir plus sur les activités du programme Uniterra au Népal et ailleurs dans le monde : www.uniterra.ca.