DÉFIS ET ENJEUX
Quand travailler rime avec solidarité
Aperçu des défis de main-d’œuvre dans le secteur d'emploi de l’économie sociale et de l’action communautaire1
par le Comité sectoriel de main-d’œuvre de l'économie sociale et de l'action communautaire (CSMO-ÉSAC), en collaboration avec Sophie Clerc, comité de rédaction
« J’ai fait le choix de travailler dans une coopérative parce que son fonctionnement participatif et démocratique est en lien avec mes valeurs et ma philosophie de vie »2. Sylvie, libraire dans une coopérative scolaire, a eu très tôt la piqûre de l'économie sociale et ne pourrait plus se passer de cet environnement de travail à dimension humaine. Elle compte parmi les quelque 125 000 travailleurs et travailleuses qui, au Québec, font la vitalité du secteur de l'action communautaire et de l'économie sociale.
Le CSMO-ÉSAC a notamment pour mandat de valoriser ces métiers et professions et de mettre de l'avant ce secteur d’emploi, les valeurs qui y sont véhiculées et les activités qui y sont exercées au quotidien. Ce travail de promotion est le fruit d'un double constat : la relative méconnaissance de ce secteur d’emploi, mais aussi le fait que lui aussi est à la recherche de main-d’œuvre qualifiée. Les organisations, à titre d’employeur, doivent innover pour se rendre visibles auprès des chercheurs d’emploi.
Photo : Gary Radler (iStock)
Plus spécifiquement, quels sont les enjeux, en matière d'emploi, auxquels ces organisations sont confrontées au Québec?
Aperçu du secteur et de sa main-d’œuvre
Regroupant 27 champs d’activité, le secteur d’emploi de l’économie sociale et de l’action communautaire compte environ 14 000 entreprises d’économie sociale (coopératives et organismes) regroupées en plus de 200 associations ou fédérations provinciales ou régionales. Plus de 125 000 travailleurs et travailleuses œuvrent dans ce secteur d’emploi diversifié où l’on compte près de 200 métiers et professions. Qui sont-ils? L’enquête Les Repères en économie sociale et en action communautaire3 nous apprend que la main-d’œuvre y est majoritairement féminine. Il s'agit également d'une main-d’œuvre fortement scolarisée : 59 % des femmes y occupant un poste à temps plein possèdent un diplôme postsecondaire, collégial ou universitaire, contre 36 % pour les hommes. L'enquête pointe du doigt la rareté de main-d’œuvre qualifiée, un défi reconnu par les organisations dès 2009, puisque ce sont 60 % des directeurs généraux et des coordonnateurs qui se disaient préoccupés par la question de la relève, prévoyant la plus importante vague de départs à compter de 2012. Comment les organisations se positionnent-elles face à cette problématique? En arrière-plan, la question des conditions de travail, incluant les salaires, demeure centrale et doit être abordée de front non seulement par les employeurs, mais également de façon collective.
La relève qualifiée : un défi de taille
Au Québec, le marché du travail subit des transformations sociales et démographiques majeures. Parmi ces transformations, citons les départs à la retraite des Baby-Boomers, l’intégration sur le marché du travail de la génération Y et des travailleurs expérimentés, ainsi que l'arrivée massive d'une main-d’œuvre issue de la diversité culturelle.
Depuis 2005, le CSMO-ÉSAC travaille sur la question de la relève. À partir de 2009, il participe activement au projet Osez l’économie sociale, qui a pour objectif de favoriser la relève en économie sociale, ce qu’il fait en collaboration avec le Forum jeunesse de l’île de Montréal et la Conférence régionale des élus de Montréal. Ce projet vise à faire connaître, auprès des jeunes futurs travailleurs, l’économie sociale et les possibilités de carrières dans ce secteur et à favoriser leur intégration au sein des organisations. Pour ce faire, le CSMO-ÉSAC a produit des outils d'accompagnement (sous la forme de guides-ressources notamment) à destination des organisations, pour que celles-ci développent ou renforcent leurs stratégies d'attraction et de maintien en emploi de la main-d’œuvre qualifiée, qu’il s’agisse d’immigrants, de jeunes… ou de moins jeunes.
Ce travail semble à ce jour porter ses fruits : il n'y a qu'à regarder du côté des récipiendaires des prix honorifiques remis par le CSMO-ÉSAC au printemps 2011 pour souligner les initiatives remarquables en matière de relève, d'attraction et de rétention de la main-d’œuvre4. Par exemple, la Corporation de développement communautaire (CDC) des Chenaux5 a pris le train du marketing en ressources humaines dès 2007, avec une tournée annuelle d'information et de sensibilisation qui a permis aux municipalités du territoire de découvrir la richesse du milieu communautaire et les compétences de ses travailleurs. Cette grande campagne de séduction est appelée à se poursuivre en 2012.
Développement et valorisation des compétences
Dans un contexte de compétitivité des secteurs d’emploi en termes d’attraction de la main-d’œuvre, la formation des employés a une incidence sur la performance, mais aussi sur la satisfaction au travail; elle constitue une stratégie de développement et de fidélisation des plus pertinentes pour les organisations.
La question des conditions de travail, incluant les salaires, demeure centrale et doit être abordée de front non seulement par les employeurs, mais également de façon collective.
Du côté des gestionnaires, les besoins de formation portent principalement sur la gouvernance démocratique, la gestion des ressources humaines, la gestion financière, les communications. En réponse à ces défis, le CSMO-ÉSAC a réalisé, en partenariat avec des organismes de formation, des boîtes à outils en gouvernance démocratique de même qu'en gestion des ressources humaines. À venir, une boîte à outils en gestion financière. Les gestionnaires ont donc de quoi s'outiller, à tout moment, pour développer leurs habiletés et se préparer à charmer, à accueillir et à intégrer de nouveaux salariés. La toute nouvelle campagne Cultivez vos talents!6 informe régulièrement les organisations sur les outils développés.
Du côté des travailleurs, le CSMO-ÉSAC a développé, à la demande des entreprises en aide domestique et pour soutenir le développement des compétences de leurs travailleuses, le Programme d'apprentissage en milieu de travail (PAMT) pour le métier de « préposée d'aide à domicile ». Basé sur le lien compagne/apprentie, le PAMT s’organise autour du lieu de travail. L'objectif poursuivi : la maîtrise des compétences recherchées par le marché de l’emploi. À terme, les préposées recevront un certificat de qualification professionnelle du ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale. De nombreuses préposées ont d’ores et déjà reçu leur certificat de qualification professionnelle. Bref, avec le PAMT, c'est un métier désormais reconnu au Code des métiers et professions et un secteur d'activité – celui de l'aide domestique – bien revalorisé!
Pour des emplois durables et de qualité
Attirer et maintenir en emploi une main-d’œuvre qualifiée, oui, mais encore faut-il que les conditions de travail soient favorables et ne viennent pas compromettre les stratégies de séduction déployées par les organisations auprès de la relève. Organisée à l'automne 2010, une journée de réflexion, proposée par le Groupe national sur l’amélioration des conditions de travail, illustrait la préoccupation des employeurs du secteur d'améliorer les conditions de travail et les conditions salariales. Les organisations présentes ont abordé tour à tour les défis, les obstacles et les pistes de solution pour des emplois de qualité en économie sociale et en action communautaire. Comment s'assurer que ce secteur d’emploi, qui contribue à lutter contre la pauvreté, ne maintienne pas ses propres travailleurs dans une situation de précarité?
À défaut, parfois, de pouvoir augmenter les salaires faute de moyens, les organisations proposent à leurs salariés des options telles que l’ajout de congés sociaux, la formation continue ou l'aménagement du temps de travail. La conciliation famille-travail y est apparue comme un avantage marquant dans ce secteur d’emploi7. Sur le plan des obstacles, le financement, de même que la culture de gestion dans les organisations sont à considérer. En réponse à ces défis, des actions collectives doivent être mises en place : des alliances avec les regroupements nationaux et avec les associations syndicales pourraient contribuer à générer un rapport de force auprès des bailleurs de fonds. Enfin, il faut miser sur la reconnaissance du travail accompli par l’ensemble des organisations ainsi que sur la visibilité de ce secteur d’emploi à « valeur ajoutée » à l’échelle provinciale.
Gageons que le Forum international de l'économie sociale et solidaire (FIESS), qui se tiendra à l'automne 2011, contribuera à accroître la visibilité de l'économie sociale et solidaire ainsi que de ses travailleurs et travailleuses, au Québec mais aussi sur la scène internationale.
- Dans cet article, il sera question du secteur d'emploi de l'économie sociale et de l'action communautaire, à savoir des organismes à but non lucratif (OBNL) ou des coopératives.
- Voir : CSMO-ÉSAC, Profession Libraire, à l’adresse suivante : http://profession.csmoesac.qc.ca/image/2011-04-08-phpCEm5Xt.pdf
- Voir : CSMO-ÉSAC (2009), Les repères en économie sociale et en action communautaire, panorama du secteur et de sa main-d’œuvre, à l’adresse suivante : http://www.csmoesac.qc.ca/actualites/statique/actualites35.html
- Le bulletin du CSMO-ESAC, l'InfoXpress (vol. 7, no 1, été 2011) présente les récipiendaires des prix honorifiques 2011; voir : http://www.csmoesac.qc.ca/uploads/documents/menu_sections/infoxpress_printemps_ete_2011_8_juin.pdf
- Pour en savoir plus sur cette vaste campagne de marketing social, visitez le http://www.cdcdeschenaux.ca/
- En ligne sur : http://www.csmoesac.qc.ca/outils/Culivez_talents.html
- Gabrielle-Trembaly, Diane (2011), Articulation emploi-famille : le secteur de l’économie sociale offre-t-il plus de mesures et pourquoi? ARUC-GATS, Note de recherche, no. 2011-4.