Cet article à été publié dans le volume 12, numéro 2, octobre 2011

SUR LE TERRAIN


Un éden au Saguenay-Lac-Saint-Jean?

par Melina Schoenborn, collaboration spéciale

Le plan d’aménagement de la forêt habitée La Doré, au Saguenay-Lac-Saint-Jean, a de quoi faire saliver autant les amoureux du gain que ceux de la nature.

En 2009, la Coopérative de solidarité forestière de la Rivière aux Saumons a proposé à la MRC du Domaine du Roy un nouveau mode de gestion territoriale de la forêt, dans lequel les collectivités locales ont de vrais pouvoirs d’intervention et de gestion.

Une forêt habitée, par définition, est un territoire forestier qui satisfait à la fois les besoins économiques et récréatifs d’une communauté, dans le respect des fonctions d’un écosystème. Fonctionnant selon le principe de la gestion intégrée des ressources, le projet-pilote fait cohabiter harmonieusement sur un même territoire les ravages d’orignaux, les héronnières, les épinettes noires, les randonneurs pédestres et les travailleurs forestiers. Vaste et heureux programme!

Le hic : la coopérative attend toujours l’aval et le soutien du gouvernement du Québec pour démarrer le projet. Le consensus avec le détenteur de droits sur les territoires n’a pas encore été atteint. « C’est très lent, explique Guy Martin, directeur général de la coopérative de la Rivière aux Saumons. Le ministère des Ressources naturelles et de la Faune ne répond pas directement à notre appel. Il préfère produire une politique sur la forêt de proximité d’ici 2013 en nous promettant que nos demandes seront prises en compte ».

Un éden au Saguenay-Lac-Saint-Jean?

Illustration : Anne-Laure Jean

La coopérative, formée de 52 travailleurs forestiers et de 11 membres de soutien, est dotée d’une solide expertise dans le domaine des inventaires. Elle a procédé à une caractérisation écologique du territoire de La Doré avant de déterminer les grandes lignes de son projet d’aménagement de forêt habitée. Dans une approche écosystémique, chaque petit détail a son importance quand vient le temps d’améliorer le potentiel de la forêt. Timing is everything, d’aucuns disent. Dans cette optique, il s’agit de planter la bonne essence d’arbre au bon moment et au bon endroit. Chaque végétal ou animal a sa propre zone de confort écologique. Autant la respecter.

Selon la coopérative, le fait de tenir compte des besoins de tous les utilisateurs de la forêt apporte d’importantes contraintes au potentiel de récolte du bois. Pour contourner ce problème, elle propose de séparer le territoire de La Doré en parcelles non exploitables, très exploitables, ou semi-exploitables.

Dix pour cent du territoire sont réservés à des zones de conservation. Un autre 10 % est destiné à la production forestière intensive. Le reste du parterre forestier est essentiellement constitué de zones mixtes, dans lesquelles les intérêts économiques frayent avec les intérêts de conservation ou de récréation.

Le projet-pilote est innovateur et s’inscrit dans un contexte de développement durable. Mais pour durer, il faut d’abord exister ailleurs que sur papier. Reste-t-on optimiste à la Rivière aux Saumons? « Il faut en tout cas être patient et vigilant; attendre que le ministère accorde des délégations de gestion de territoires aux communautés locales », croit le directeur général.

En attendant, la coopérative poursuit ses activités de reboisement, de récolte et de gestion de matière ligneuse pour les entreprises et les producteurs forestiers privés. Le Fonds de solidarité sociale auquel cotisent les membres a permis de caractériser la population de l’engoulevent bois‑pourri, une espèce menacée. « Ce ne sont pas des sommes énormes, mais cela permet de réaliser des projets spécifiques pour la communauté locale », conclut le directeur.

Pour plus d’informations, voir : www.coopriviereauxsaumons.com